En réponse à Hervé qui m’a interpelé sur le blog d’INTIWATANA sur la technique de confection d’un Bombo, après avoir vu sur le site des photos des Bombo que j’ai réalisés pour les ateliers Wiñayataqui.

Je veux souligner ici qu’il est bien évident, que l’on éprouve un plaisir tout particulier à faire de la musique sur un instrument que l’on a fabriqué. De même voir et entendre un instrument fait par soi-même joué par un tiers, procure des émotions et sentiments empreints d’une certaine saveur.

Et si je n’ai pas la compétence d’un luthier pour fabriquer Guitares et Charangos, il est bien plus abordable de s’attaquer à la réalisation de flûtes de pan par exemple (une fois résolu le problème du matériau) ou encore de percussions, et en particulier des Bombos.

Voici la réponse que j’ai en toute simplicité, apportée à Hervé, réponse qui ne vise qu’à lui donner des motivations supplémentaires pour franchir le pas……..

Buenos dias amigo..........

Je ne sais pas de quelle région vous êtes (Une certaine proximité aurait pu  permettre une éventuelle rencontre), mais c'est vrai qu'expliquer les étapes de la fabrication d'un bombo par mail, n'est pas chose facile.

Personnellement, j'ai acquis la technique il y a une vingtaine d'année, en stage sous la houlette d'un charanguiste bolivien renommé : Florindo Alvis. Je pense aussi que lorsqu'on est un bon bricoleur, ça peu aider, car j'ai moi-même adapté et essayé de perfectionner certaines étapes de la construction. Je vous joins quelques photos, c'est mieux et plus parlant je pense pour bien montrer les différentes étapes. C'est passionnant mais c'est surtout un travail de patience un peu long ! Ultime précision, je parle bien là du bombo utilisé en musique "trad" sur les régions de l'Altiplano notamment; ce bombo est assez différent du bombo que l'on fabrique à Santiago Del Estero par exemple, qui est le bombo typique utilisé pour rythmer la chacarera, le gato, la Zamba, etc.....

Au départ, les éléments importants :

  • se procurer un contreplaqué cintrable (j'ai pris du 7mn, mais si on trouve 5 ça allège d'autant !) il faut qu'il soit assez bien proportionné : diamètre entre 50 et 53 cm maxi et hauteur env 60 cm. (Après tout ou presque est possible)
  • acheter des peaux :
    • soit par internet, mais attention les peaux Africaine font souvent moins de 60 cm et c'est trop juste (il faut 65 à 70 et là on peut travailler avec un peu de marge)
    • soit à l'abattoir"du coin"ce que j'ai fait; on peut mixer chèvre et mouton (env 7-8 € la peau), j'ai abandonné les peaux de jeune veau que m'avait recommandé mon ami Julio, car c'est trop onéreux (+ de 200 € pièce)....

Et là le travail commence car il faut rapidement (pour éviter que la vermine s'y colle) les traiter (attention pas de peaux tannées - ça ne sonnera pas!):

  • les laver à grande eau, racler l'intérieur surtout s'il reste quelques résidus de "viande".
  • comme vous aurez acheté préalablement 10-20 Kgs de gros sel (pour 8 peaux pour ce qui me concerne), superposer les peaux encore mouillées en arrosant encore puis en salant généreusement à chaque couche. (éviter de faire ça l'été à cause de la chaleur qui va les sécher trop vite). On peut laisser plusieurs semaines en surveillant toutefois pour éviter la moisissure. Enfin on met à sécher sur des tréteaux. On les prédécoupe ensuite en cercle, en laissant une marge maximum pour pouvoir les monter sans problème (on ajustera à la fin juste, avant de les monter sur les cercles de tension).

Il faudra ensuite "coiffer les peaux"; généralement on ne les rase pas complètement, mais on fait une coupe au rasoir et aux ciseaux, car si on laisse trop de poil, ça étouffera carrément le son. (J'ai essayé de brancher un tondeur de mouton professionnel qui m'a affirmé qu'il ne pouvait traiter les peaux que sur l'animal vivant !?). Du coup à la main c'est du sport et bonjour les ampoules !

Conseil aussi : si l'on doit garder les peaux quelques temps (qq mois) avant de les monter, leur filer un petit coup d'insecticide anti-mites (les mites elles raffolent des peaux, et ça fait des gros dégâts!)

Pour les cercles de tension :

  • l'option trad : prendre des tiges flexibles (noisetier par exemple et ligaturer les cerceaux avec de la lanière de cuir ou de la ficelle en biseautant dans la longueur)
  • personnellement je privilégie par souci d'esthétique et de solidité, les cerceaux en lamellé-collé, même si c'est beaucoup plus de boulot. Pour ce faire, je me suis fait préparer des baguettes de frêne (entre 3 et 4 mm d'épaisseur sur 2m50 ou même 3 de long) par un ami ébéniste (merci encore Denis!). Les immerger dans un bassin par exemple, et une fois bien imprégnées, les cintrer par deux ou trois si possible autour (ou à l'intérieur c'est encore mieux)  d'un gabarit - un grand bidon par exemple (en les superposant, c'est plus facile et ça évite que ça casse!) Attacher bien serré et laisser sécher (au soleil c'est bien)

Pour le lamellé-collé : coller deux cercles superposés aux dimensions du fut du bombo, en prévoyant une petite marge pour l'épaisseur de la peau (voir photos). Bien sûr il faut décaler les raccords au maximum (en les mettant à l'opposé l'un de l'autre) Attention il faut de la pince et du serre joint !

Pour monter le fut, agrafer ou clouter et coller la jointure sur une baguette sur toute sa longueur (ente 8 et 10 mm d'épaisseur c'est bien).Il est souhaitable de renforcer également les deux bords du fut et le centre, en collant une baguette de frêne cintrée de 5mm.

Surtout !!! Ne pas oublier avant de monter les peaux de percer le fut en son milieu d'un trou du diamètre de la grosseur d'un crayon (sinon au premier coup de mailloche gare à la peau du dessous !)

Pour monter les peaux on peut (doit!) les présenter (légèrement humides) une première fois sur le fut, en les roulant et collant ou agrafant à la bonne longueur sur le cercle intérieur, et en les pré-tendant avec le deuxième cercle de tension.

On aura préalablement percé les cercles (env 6 à 8 trous sur la circonférence) pour permettre le passage de la cordelette de tension (Nylon c'est bien ou coton tressé suffisamment costaud).

Ne pas oublier lors du montage, de passer les tendeurs (pour ces derniers, moi j'ai adopté la méthode "Florindo" en cuir prédécoupé aux ciseaux et à l'emporte pièces(voir photos c'est plus parlant). En préalable on aura décoré le fut comme on veut, on peut passer un coup de vernis laqué à l'intérieur pour améliorer le son et du lasure mat à l'extérieur, ou le laisser brut si les veines du bois s'y prêtent.

Il ne faudra pas oublier la mailloche, son rôle est important et sa confection mérite un maximum de soin à partir de chiffons, cuir ou laine et corde et bois pour le manche. Ne pas la faire trop lourde ni trop courte, pour l'avoir bien en  main.

Après "il n'y a plus qu'à" ......faire les premiers essais, sachant qu'il faudra rapidement revoir la tension de base (il faut que ce soit assez tendu lors du montage initial avec les tendeurs en position détendue, pour que les tendeurs soient + efficaces lorsqu'on va les faire coulisser.

En conclusion, il est bien évident que je ne détiens aucune vérité en la matière et que si j'en suis arrivé là, c'est parce qu'il est compliqué de ramener de ses voyages des instruments d'une telle taille. (Surtout que pour nos ateliers il en fallait 5 ou 6 !). Je ne prétends surtout pas rivaliser avec nos amis qui là bas dans les Andes ont un savoir faire inégalable et ancestral pour des Bombos, qui sont, eux, bien authentiques !

Voilà, bon courage et bonne patience si vous vous lancez dans le chantier !

Toutes les étapes en photos

Amusicalement votre